La crise alimentaire au Sahel va tourner « au désastre », a averti l’organisation non gouvernementale (ONG), Oxfam, lors d’une conférence de presse à Dakar, vendredi dernier. L’ONG anglaise, veut « amener les gouvernants et la communauté internationale à réaliser l’ampleur et la sévérité de la crise alimentaire qui secouent différents pays du Sahel, en particulier le Niger, le Tchad et le Mali mais aussi le nord du Nigeria, la Mauritanie et le Burkina Faso ». Selon ses représentants sur le continent, « la situation déjà extrêmement alarmante va forcément devenir désastreuse » si rien n’est fait pour remédier à cette situation qui menace plus de 10 millions de personnes dans la région du Sahel.
Pour les experts d’Oxfam, la faiblesse des pluies, tardives et mal réparties, a été l’élément déclencheur. « Quand les pâturages n'ont pas été régénérés, dès décembre-janvier 2009, les animaux ont souffert ». Par exemple, dans la région du nord du Mali où les familles investissent l’essentiel de leur argent dans le bétail, « 40% du cheptel a été décimé ». On est ainsi passé d’une crise pastorale qui s’est transformée en crise économique puis en crise alimentaire car les familles endettées n’ont plus les moyens financiers de subvenir à leurs besoins alimentaires. Pour Oxfam, même si « l’urgence, aujourd'hui, c’est d’aider les populations à avoir accès aux aliments », à long terme, « la priorité numéro un, c’est l’augmentation des investissements dans l’agriculture » car la crise est surtout d’ordre structurel. Le problème viendrait de la capacité limitée de production agricole de ces pays qui a contraint les plus pauvres, soit un tiers des ménages ruraux au Mali, en Mauritanie et au Niger, à dépendre de plus en plus des marchés plutôt que de leur propre production, même au cours des années normales. « Ils peuvent couvrir seulement un tiers de leurs besoins alimentaires grâce à leur production, sauf dans les zones plus fertiles du sud », a indiqué Bakari Seidou, conseiller en sécurité alimentaire pour Save the children UK, une ONG britannique, cité par Irin, service de rédaction du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies.
Depuis la crise alimentaire de 2007-2008 et les fameux mouvements de révolte contre la faim, beaucoup de gouvernements africains et d’institutions internationales avaient placé l’agriculture au cœur de leur calendrier politique avec des programmes volontaristes. Mais, il semblerait que les solutions proposées ou les mesures mises en place tardent à fournir les résultats escomptés.
Le gouvernement sénégalais avait lancé sa Grande offensive pour la nourriture et l’abondance (GOANA) qui consistait à débloquer environ 700 millions de dollars afin de financer des intrants (semences, engrais), du matériel agricole, des équipements de récolte et de post-récolte, etc. Seulement, à côté de cela, il dépensait près de 380 millions de dollars pour subventionner les importations de riz qui est la principale céréale consommée dans le pays, dans le but de calmer les contestations des populations urbaines sans se soucier des productions paysannes locales. Au Bénin, les autorités ont également investi 47,78 millions de dollars dans le Projet d’Appui à la Croissance Economique Rurale (PACER). Lancé en 2008, son objectif est d’atteindre l’autosuffisance alimentaire en 2011. Mais à un an de cette échéance, le pays importe encore 40 % de sa consommation contre 70 % au début du projet. La Côte d’Ivoire, quant elle, aidée par le Fonds International pour le Développement Agricole de la Banque Ouest-Africaine de Développement, a investi 25,63 millions de dollars dans le Projet de Réhabilitation Agricole et de Réduction de la Pauvreté, dans le but de relancer l’agriculture et lutter contre la pauvreté. Cependant, le pays importe toujours 60 % des besoins alimentaires. Devant la crise alimentaire, les États africains ont donc fait des choix stratégiques qui ont perpétué les situations du passé qui ont pourtant montré leur limite. Ils ont certes investi dans la production, mais ils ont continué, dans le même temps, à subventionner les importations de céréales (le riz en particulier) pour satisfaire une population urbaine dont il fallait contenir les colères. Mais rien n’a été fait pour améliorer les circuits de commercialisation. Faute de routes, d’infrastructures de stockage, de prix incitatifs, etc., les agriculteurs n’ont ainsi pas pu vendre leurs productions. D’où l’impasse actuelle.














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