Marie-Claude Fafard - Novembre 2009. Des centaines de courriels privés de chercheurs de l’Unité de recherche climatique (CRU) de l’Université d’East Anglia, basée à Londres, se retrouvent mystérieusement en ligne, après une attaque informatique sur les serveurs de l’université. Dans l’un des courriels tirés d’une corresponsance s’étalant sur plus de 10 ans, le chef du CRU évoque une « ruse » pour « cacher la baisse » d’une courbe de températures de la planète. Les médias s’emparent de la nouvelle qui fait le tour de la planète. Les climatosceptiques se frottent alors les mains et crient au complot : ils détiennent la preuve que des scientifiques manipulent des données sur le réchauffement climatique qui n’est en fait pas si catastrophique.
Étrangement, ce scandale éclatera à mois d’un mois du sommet de Copenhague sur le climat où tous les grands dirigeants de la planète doivent mettre la main à la pâte pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre.
Voilà q u’après six mois d’enquête, une commission indépendante permet aux scientifiques d’East Anglia de redresser la tête et confirme du même coup les deux avis précédents rendus public au printemps dernier sur cette affaire : l’un provenant d’une commission parlementaire britannique et l’autre, d’un comité interne à l’université, qui avaient tous deux disculpé les chercheurs.
Concernant la manipulation des données pour faire croire à un « faux » réchauffement climatique, l’enquête a été très claire : « Sur les allégations contre l’attitude des scientifiques du CRU, nous sommes arrivés à la conclusion que leur rigueur et leur honnêteté ne peuvent être mises en doute. » Les accusations de rétention d’informations par les climatosceptiques ont aussi été balayées. « L’argument selon lequel le CRU aurait quelque chose à cacher ne tient pas. Toute recherche indépendante a la possibilité de télécharger les données et de rédiger ses propres conclusions sans avoir recours aux informations du CRU», a affirmé l’enquête.
Finalement, le rapport a aussi réfuté le fait que les chercheurs du CRU auraient abusé de leur situation pour empêcher la publication d’articles signés par des climatosceptiques. Les enquêteurs n’ont en effet trouvé « ni subversion du processus (scientifique) de révision par des collègues, ni tentative d'influencer la politique éditoriale des revues scientifiques ».
Une bonne nouvelle pour Phil Jones, directeur du Centre de recherches sur le climat (CRU) de l’université d’East Anglia (Royaume-Uni), qui a pu reprendre ses fonctions après avoir été contraint à la démission en attendant sa disculpation par les enquêtes – il avouera en février dernier avoir pensé au suicide face à la pression médiatique.
Reste que même si on a démontré que la correspondance a été piratée, et que les scientifiques britanniques sont lavés de tout soupçon, le mal est déjà fait. Non seulement le Climategate a éclaboussé la crédibilité de la communauté scientifique, mais plusieurs s’entendent pour dire qu’il a contribué à l’échec de Copenhague. Il a donné des munitions aux « négationnistes », qui ne mettent pas en cause l’activité de l’homme dans le réchauffement climatique. Ceux-ci ont alors bénéficié d’une vitrine dans les médias pour entacher la crédibilité d’environnementalistes et de scientifiques qui s’efforcent de sensibiliser une population déjà pas facile à convaincre, les signes avant-coureurs de la dégradation de la terre n’ébranlant pas encore assez leur petit confort. On devrait aussi se poser la question, celle de savoir pourquoi on a fait un scandale avec un courriel qui aurait atténué l’existence d’un phénomène bien réel. Le fait est que le réchauffement climatique menace notre planète et qu’il y a urgence de contrer ses effets néfastes pour le bien de tous.Les preuves sont là, tangibles, tout autour de nous! Nul besoin d’être un scientifique pour constater que depuis une quinzaine d’années, le climat subit un dérèglement (canicules meurtrières, ouragans, neige de moins en moins abondante dans les pays nordiques, etc). Des populations insulaires tout autour du globe constatent l’avancée de la mer, comme au Sénégal sur les îles casamancaises où les belles plages sont menacées de disparition, quand ce n’est pas carrément des îles qui sont englouties sous l’eau.
Et pour ceux qui ont besoin de chiffres pour être convaincus : l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué que le mois d’avril dernier a été le plus chaud jamais enregistré sur la planète avec une température moyenne de 14,5 degrés Celsius.
La planète traverse actuellement une crise de la biodiversité et plus de 17 000 espèces sont menacées d’extinction (IUCN, 2009). Par ailleurs, des études révèlent que 400 000 Européens meurent prématurément chaque année en raison de la pollution atmosphérique alors que pour 2008, l’Association médicale canadienne attribuait ce nombre à 21 000 au Canada. Pas de doute, ces faits, eux, sont bel et bien le résultat de l’activité humaine.














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