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Chine : la stratégie des petits pas

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Chine économieSi au début, on regardait la Chine comme un simple marché non menaçant et une aubaine pour des investisseurs qui veulent établir des usines d’assemblage avec une main-d'œuvre bon marché, les temps ont bien changé, et ce, en moins de trois décennies.

En plus d’être devenu un redoutable exportateur inondant le marché mondial de produits à des prix défiant toute compétition,  le pays est aussi passé du côté des chasseurs d’actifs étrangers. Fin stratège économique, ce dernier a été une véritable petite fourmi et possède à l’heure actuelle la plus grande réserve de devises au monde.

Ainsi, le géant asiatique débarque maintenant en Occident non seulement pour garnir les tablettes des magasins à grande surface, mais également avec les poches pleines de fric pour y investir.

On l’a vu avec les États-Unis frappés de plein fouet par une récession résultant de la crise financière. La Chine a investi dans l’achat massif de bons du Trésor afin de soutenir la dette de l’Oncle Sam, tellement qu’en septembre 2009, elle a détrôné le Japon pour devenir leur premier créancier mondial, et en décembre de la même année, elle détenait 696,2 milliards $ de bons du Trésor, selon des statistiques américaines.

Mais voilà que depuis quelques années, les investisseurs chinois, qu’ils soient hommes d’affaires liés au gouvernement de Pékin ou spéculateurs, jettent leur dévolu sur le Canada. C’est que l’Empire du Milieu, en pleine croissance démographique et économique, se tourne vers l’étranger pour pallier son déficit en ressources naturelles et en terres agricoles. Et le Canada, terre d’abondance en ressources naturelles et en technologies de l’énergie, représente un bon parti.

Si l’on se fie à un sondage mené en 2009 par la Fondation Asie-Pacifique auprès des représentants de 1 100 entreprises membres du China Council for the Promotion of International Trade, les Canadiens doivent s’attendre à une hausse des investissements chinois au pays. Ainsi, les trois quarts des entreprises interrogées ont dit qu’elles prévoient augmenter leur part d'investissement au cours des prochaines années.

Les investisseurs chinois convoitent particulièrement les terres du Canada, car elles sont parmi les moins chères des pays industrialisés. Au Québec, la tendance se fait sentir chez les agriculteurs qui sont sollicités pour vendre leurs terres, comme le rapportait un reportage de Radio-Canada. La méthode employée qui consiste à « Combien voulez-vous  pour tout ? » est pour le moins agressive et alléchante pour des agriculteurs qui vivent tant bien que mal de leur labeur. D’ores et déjà, la Chine possède 9 % des terres cultivables de la planète.

Toujours au Québec, les sociétés minières intéressent les investisseurs chinois qui représentent une importance source de capitaux alors qu’elles en arrachent avec le financement de leurs projets.

Du côté énergétique, la Chine a l’œil sur les sables bitumineux de l’Alberta, deuxième réserve mondiale d’or noir. Gourmand en énergie, le deuxième consommateur de pétrole après les États-Unis engloutit chaque jour huit millions de barils selon des statistiques américaines. À titre d’exemple, l’Agence France Presse (AFP) rappelait récemment que le fonds souverain China Investment Corp. a conclu en mai dernier une entente pour investir 1,25 milliard $ canadiens dans le géant canadien Penn West afin de lui donner un coup de pouce pour développer ses « vastes ressources de sables pétrolifères ». Par ailleurs, Sinopec, deuxième producteur pétrolier chinois et principal raffineur, s’est mis d’accord en avril pour acheter la participation (9 %) de l’Américain ConocoPhillips dans le pétrolier canadien Syncrude Canada pour 4,65 milliards $. Finalement, en août 2009, PetroChina –  premier producteur chinois –  a versé 1,9 milliard $ canadiens pour acquérir 60 % dans deux projets d’Athabasca Oil Sands.

Ainsi, la Chine pénètre sur la pointe des pieds le marché canadien. Plutôt que de tenter d’acheter des entreprises entières et de vouloir avoir le contrôle total, les investisseurs chinois optent pour des coentreprises ou des prises de participation minoritaires comme le soulignait un récent article de l’AFP. Ils sont aussi bons preneurs de franchises de toutes sortes.

Sans doute que la mésaventure de 2005, lorsque le pétrolier chinois CNOOC avait dû renoncer à racheter l’américaine Unocal à cause d'un climat politique à Washington plutôt hostile, a servi de leçon. Ils ont compris que la stratégie des petits pas est plus efficace que celle des gros sabots.

Hier, on annonçait que la banque chinoise Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), la plus grande banque au monde par sa capitalisation boursière, débutait ses activités au Canada. L’ICBC, qui ouvre six succursales – quatre à Toronto et deux à Vancouver –  mise sur les liens économiques croissants entre le Canada et la Chine, et la forte communauté canadienne d’origine chinoise, pour renforcer sa position. Un bon plan pour mettre la table et faciliter la tâche aux futurs investisseurs chinois.

Les règles du jeu sont en train de changer. Lentement, mais sûrement, les Chinois s’immiscent dans l’économie canadienne. Ces investissements sont les bienvenus à court terme. Mais dans 20 ans, quelles en seront les conséquences?

Il serait sage pour Ottawa de clarifier ses critères face aux investissements chinois. Sinon, il est facile d’imaginer que Pékin détiendra les moyens de tirer sur les ficelles de l’économie canadienne. Il sera alors difficile de faire marche arrière et on ne pourra blâmer l’ingérence d’une nation visionnaire, qui emploie une méthode interventionniste efficace, et qui a su développer un plan de compétition internationale pour ses entreprises.

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